
Êtes-vous préoccupé∙e par la crise climatique, les enjeux environnementaux et sociaux ainsi que le rôle de votre entreprise par rapport à ceux-ci? Ces défis vous semblent-ils trop vastes pour que vous puissiez avoir un réel impact? Si c’est le cas, vous n’êtes certainement pas seul∙e. Selon le Baromètre de la transition des entreprises 2023 de Québec Net Positif, 82 % des entreprises québécoises estiment qu’il est urgent de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES), mais 43 % disent n’avoir mis en place aucune action à cet effet.
Bien que les changements climatiques et la réduction des émissions de GES soient à l’avant-plan des discours sur le développement durable, il est aussi important de se rappeler que ce dernier a une portée beaucoup plus large. Comme défini dans le rapport Brundtland produit en 1987 par la Commission des Nations Unies sur l’environnement et le développement, le développement durable est « un mode de développement qui répond aux besoins des générations présentes, sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs ». C’est pourquoi il nécessite que nous portions attention à une pluralité d’enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG).
Les entreprises qui adoptent une stratégie ESG contribuent à créer une société plus résiliente et offrant une meilleure qualité de vie à tous∙toutes, et elles en tirent également des bénéfices : elles assurent leur viabilité économique à long terme en s’appuyant sur les enjeux ESG critiques pour soutenir son modèle d’affaires. Il est donc normal que cette stratégie varie d’une organisation à une autre, en fonction du contexte, mais aussi des ressources financières et humaines dont dispose l’entreprise pour la mettre en œuvre.
Même si toutes les actions de développement durable contribuent à améliorer la performance ESG d’une entreprise, il est essentiel de souligner que les changements de nature stratégique sont ceux qui auront le plus d’impact. Ceux-ci nécessitent néanmoins une réflexion approfondie. Ce guide a été créé dans le but de soutenir les individus impliqués dans ces réflexions. Il s’adresse à toute personne qui travaille dans une organisation souhaitant prendre le virage ESG et amorcer une démarche structurante allant au-delà de la simple gestion des risques. Son contenu est spécialement adapté aux PME, mais il peut aussi être pertinent pour les entreprises en démarrage. Plus précisément, il s’adresse entre autres aux personnes occupant les rôles suivants :
- entrepreneur∙euse∙s;
- président∙e∙s-directeur∙trice∙s généraux∙ales;
- directeur∙trice∙s financier∙ière∙s;
- personnel responsable de la reddition de comptes (CPA, CFA, etc.);
- personnel des services du développement durable et de la responsabilité sociale de l’entreprise (RSE);
- personnel ayant un pouvoir décisionnel dans l’organisation.
Les responsabilités liées à la performance et à la reddition de comptes ESG des entreprises sont souvent confiées à des spécialistes de la responsabilité sociale ou à des professionnel∙le∙s des communications ou du marketing. Puisque la relation entre la performance ESG et la performance financière d’une organisation est largement documentée, les professionnel∙le∙s de la finance et de la comptabilité seront de plus en plus appelé∙e∙s à jouer un rôle actif dans ce domaine. Iels devront veiller à ce que les décisions stratégiques des entreprises s’appuient non seulement sur des informations financières, mais également sur des données ESG importantes sur le plan financier. L’étude exploratoire Les métiers de la finance en entreprise en contexte de transition écologique, complémentaire aux fiches suivantes, conclut que les professionnel∙le∙s de la finance en entreprise possèdent des compétences clés (notamment en matière de collecte et de gestion des données, de gouvernance, de planification stratégique et de reddition de comptes) qui peuvent être mobilisées pour assurer la viabilité à long terme des entreprises dans un contexte de transition écologique. Parallèlement, on y identifie les champs de compétences à développer afin de positionner les professionnel∙le∙s de la finance en tant que leaders de la transition vers des entreprises durables.
Élaborer une stratégie ESG
Les fiches de ce guide vous aideront à naviguer avec succès dans l’implantation de pratiques de développement durable. Elles abordent cinq aspects auxquels les entreprises peuvent travailler de manière graduelle, selon les ressources à leur disposition. Plutôt que de traiter en profondeur de chacun des sujets, les fiches offrent une série de conseils pour entreprendre la transition.
Calcul de l’empreinte carbone
Comment effectuer un premier calcul des émissions de GES de l’organisation afin d’en identifier les sources principales et, éventuellement, d’améliorer son empreinte carbone?
Analyse de matérialité
Comment identifier et prioriser les impacts, risques et occasions ESG les plus pertinents pour l’entreprise afin de répondre aux attentes des parties prenantes?
Analyse de la chaîne de valeur
Comment aborder les impacts sociaux et environnementaux des activités de l’entreprise, incluant en amont (chaîne d’approvisionnement) et en aval (utilisation et fin de vie des produits et services)?
Modèle d’affaires durable
Comment dépasser les écogestes et adopter un modèle d’affaires socialement bénéfique, environnementalement régénérateur et financièrement viable dans le contexte de la transition écologique?
Reddition de comptes extrafinancière
Comment divulguer aux parties prenantes de l’entreprise, de façon transparente, fiable et précise, l’impact des initiatives mises en œuvre?
Pourquoi pousser plus loin les pratiques ESG d’une organisation?
Avec l’amplification des crises environnementales, certains risques deviennent plus importants et se présentent plus fréquemment, qu’ils soient de nature physique (avec des impacts directs sur la continuité des opérations) ou de transition (avec des impacts indirects découlant de nouveaux règlements, d’innovations technologiques ou d’un changement des préférences de la clientèle). On peut également y ajouter les divers enjeux sociaux qui peuvent affecter les entreprises directement ou indirectement, tels que la hausse du coût de la vie, les crises sanitaires ou le vieillissement de la population. Par ailleurs, la transition vers une économie à faibles émissions de carbone ou à émissions nulles, ou vers une société plus juste et équitable, ouvre une fenêtre d’occasions sur les futurs marchés dont bénéficieront les entreprises pionnières.
Les prochaines années seront déterminantes pour tracer la trajectoire des décennies à venir, en matière de gestion des risques et des occasions. Les entreprises qui se lancent dans une démarche de transition ESG dès aujourd’hui seront mieux placées pour faire face aux enjeux suivants : canicules, inondations, feux de forêt, maladies virales, fragilisation des chaînes d’approvisionnement, difficulté de recrutement de la main-d’œuvre qualifiée, réglementations plus exigeantes, etc.
Catégories de risques |
Exemples de risques ESG |
Exemples d’occasions ESG |
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Physiques |
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De transition |
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Catégories de risques
Physiques
Exemples de risques ESG
- Risques aigus liés aux événements extrêmes (inondations, tempêtes, vagues de chaleur, etc.) : dommages causés aux équipements et aux infrastructures par les aléas climatiques, impacts sur la santé humaine et la productivité, entraves aux chaînes d’approvisionnement
- Risques chroniques à évolution lente (sécheresse, dégradation des écosystèmes naturels, etc.) : augmentation du coût des ressources et diminution de leur accessibilité, augmentation des primes d’assurance et des frais d’entretien et de mise à niveau des immobilisations
Exemples d’occasions ESG
- Modèles d’affaires nécessitant moins de ressources grâce à l’économie circulaire
- Innovations en matière d’efficience énergétique et/ou d’énergies renouvelables
Catégories de risques
De transition
Exemples de risques ESG
- Risques réglementaires et juridiques : nouvelles lois et normes, contraintes pour les secteurs fortement émetteurs, multiplication des litiges liés aux impacts climatiques et aux droits de la personne
- Risques technologiques : développement de technologies bas carbone pouvant rendre obsolètes certains actifs ou processus, nécessité d’investissements importants pour rester compétitif (ex. : énergies renouvelables, stockage, capture du carbone)
- Risques de marché : évolution de l’offre et de la demande en faveur de produits/services durables, volatilité des prix des matières premières ou des actifs exposés au carbone
- Risques réputationnels : attentes croissantes des client∙e∙s, investisseur∙euse∙s et parties prenantes, image des entreprises perçues comme inactives ou non alignées sur les enjeux climatiques)
Exemples d’occasions ESG
- Nouveaux marchés (clientèle sensibilisée aux enjeux ESG)
- Accès à de possibles avantages fiscaux ou à du financement par des fonds d’investissement durable
- Renforcement de l’image de marque et de la marque employeur
Beaucoup d’entreprises craignent d’investir dans des mesures ESG telles que l’offre de salaires décents dans les chaînes d’approvisionnement, l’approvisionnement local ou l’achat de matériaux plus écologiques, ou l’utilisation de procédés plus propres. Ces mesures entraînent souvent un coût immédiat, toutefois les études démontrent qu’à moyen ou long terme les résultats en termes de performance financière sont positifs pour la majorité des entreprises qui agissent en ce sens. En effet, cela permet souvent d’augmenter la productivité, de réduire les coûts énergétiques et, à terme, d’assurer la performance et la pérennité de l’entreprise en :
- diminuant la quantité de ressources physiques ou énergétiques nécessaires à la production, ce qui réduit aussi la vulnérabilité à la fluctuation des prix;
- permettant l’embauche et la rétention d’employé∙e∙s talentueux∙euses et mobilisé∙e∙s autour la démarche ESG. En effet, selon le Baromètre de la transition des entreprises 2023 de Québec Net Positif, 35 % des entreprises québécoises ont cité les préoccupations et idées de leurs employé∙e∙s et gestionnaires comme l’un des principaux éléments déclencheurs de leur passage à l’action.
En décembre 2024, le Conseil canadien des normes d’information sur la durabilité (CCNID) a publié la version définitive de ses Normes d’information sur la durabilité au Canada (NCID 1 et 2), basées sur celles du Conseil des normes internationales d’information sur la durabilité (International Sustainability Standards Board – ISSB). Ces normes fournissent des lignes directrices afin d’améliorer la transparence et la comparabilité des rapports d’entreprises au Canada, en réponse à une demande croissante, de la part des parties prenantes, d’informations claires et standardisées sur les pratiques de développement durable des organisations.
Pour l’instant, l’application de ces normes par les entreprises assujetties est volontaire. Néanmoins, pour répondre aux attentes de leurs investisseur∙euse∙s (et éventuellement de leurs autres parties prenantes et des gouvernements), les grandes entreprises vont devoir comprendre, pour les réduire, les impacts qu’ont leurs activités sur l’ensemble de leur chaîne de valeur. Les PME, qui composent la majorité du secteur canadien des entreprises (99,7 % des entreprises ou 86,5 % des emplois), sont elles aussi concernées par ces changements en tant que fournisseurs des grandes entreprises. Les professionnel∙le·s chargés de rendre des comptes à celles-ci devront donc être outillé∙e∙s pour évaluer, mesurer, gérer et communiquer les efforts de transition entrepris par leur PME, c’est-à-dire leur « performance extrafinancière ».

